Partager l'article ! Année 2000: 18 mois se sont écoulés, je reprends ma plume. Que de choses se sont passées depuis, avec leurs& ...
18 mois se sont écoulés, je reprends ma plume. Que de choses se sont passées depuis, avec leurs joies et leurs peines.
Je prenais la route me conduisant à la colline. Devant moi, arrivant en sens inverse, un couple dont la femme aussi loin que je l’aperçue, me paraissait bien jeune Elle portait son bébé traditionnellement à la Malgache « Manaon ahoana » dis-je en les regardant « Bonjour ».
Qu’elle ne fut pas ma surprise de reconnaître notre « Nini », et Christian, en fait, ils venaient tous deux me faire connaître leur premier né « Nini>> était rayonnante et Christian de m’expliquer :
Nous vivons maintenant à Andravohangy où j’ai loué une petite maison. Grâce à mon travail (petits boulots) j’arrive à payer le loyer, et à acheter le riz nécessaire à notre survie. Je lis cette fierté dans ses yeux moi je pense : Oh Seigneur faites que cela dure !
Ces yeux à demi éteints, je les ai revus, ceux de Mélanie. Cette jeune fille a quitté « akamasoa>>. Elle habite en ville chez son frère, dont la femme supporte difficilement Mélanie.
Aussi, elle erre à travers les rues de la ville ; elle y rencontre parfois un peu de compassion. Dans son sac en tissu grossier, elle emmagasine quelques légumes et fruits avariés, ou quelques piécettes recueillies, qui serviront à sa maigre pitance. Cette nourriture manquante dont Mélanie est toujours en recherche.
Sur la colline, ce sont les enfants les plus vulnérables à la misère. Fabrice tombe malade, il ne survivra pas, ainsi que Marie Florence, Tahina, Todisoa, Stéphane, Lova et bien d’autres encore.
Toutes ces peines, A VIVRE !
Au cours de ces mois, sur la colline en vivant parmi eux.
J’aime le jeudi avant la pesée des bébés. Montant un petit monticule, j’arrive à la maison de bois qu’occupe mon amie Colette et son mari. Sur un ton de causette, celle-ci me signale qu’un bouton s’est formé sur sa fesse droite « Ce n’est rien dit-elle mais cela me gêne ». Effectivement rien de bien grave.
Sauf que, après un soin journalier sur une durée de huit jours, rien ne s’arrange au contraire. Sur un brancard on la fit descendre au dispensaire .Le docteur s’inquiète et décide une hospitalisation.
Je rassure Colette sur son état, après quelques visites que je lui fais. Puis je m’aperçois que sa santé décline ! Je presse le corps médical, afin que lui soient portés des soins plus efficaces : en vain. Pâques arrive, elle reçoit la Communion d’un Prêtre Polonais officiant à l’hôpital de Befelatanana. Elle me remercie encore !
Nos yeux pleins de tendresse se rencontrent, et s’emplissent de larmes.
Ce fut la dernière fois…
Quelques jours plus tard elle décède, elle avait un peu plus de 60 ans.
J’y pense souvent encore, et je me dis que Colette, par sa vie dure, la perte de ses 7 enfants, n’a pas pu lutter, une fois de plus mais elle se trouve en paix.
Chère Colette, tu ne disparaîtras jamais de ma mémoire. Tu étais mon amie. Là où tu te trouves, tu es toujours mon amie. La vie continue mais le chemin se fait plus dur à parcourir !
Cependant là où nous habitons, au rez-de–chaussée, les classes se succèdent, et ne désemplissent pas. A la sortie c’est une envolée d’enfants après que leur attention se soit relâchée. Le beau temps arrive, les jacarandas sont en fleurs, la nature reprend ses droits et m’entraine malgré moi à me dépasser, à servir avec plus de compréhension, plus de patience, plus d’amour. Pourquoi cette semaine Mariette essaies-tu de te cacher ? Antoinette pourquoi tes traits sont épaissis, tu cries à tout va !
Et pendant que je m’interroge sur cette façon de noyer votre misère, et comment y remédier…Un attroupement un peu plus haut se forme ! Dans les herbes folles comme dans un paysage où tout est fondu…Que se passe-t-il ?
L’attroupement petit à petit se disperse, une femme se relevant commence doucement à arpenter le chemin, une seconde la suit, une troisième portant, coude replié, un petit paquet semble-t-il ; elle ferme la marche, elles se dirigent toutes trois vers le haut du village. Prenant un raccourci, je les rejoins au moment où elles entrent dans une maison de bois. Je m’arrête et me dirige vers celle qui porte le paquet.
Ecartant le tissu qui le recouvre je reste interdite devant la tête minuscule qui apparait. C’est un garçon !...
La Maman est venue ce matin peser son enfant, plus de 6 livres, ils se portent bien tous les deux. Et pour moi c’est avec un réel plaisir que je reçois les mamans et leurs nourrissons Le local a subi une transformation radicale, tout repeint en bleu ciel. Sur un pan de mur est peint une Mère-Poule donnant à manger à ses poussins.
Le sol est recouvert de matelas colorés, servant au déshabillage des zazakely (1) qui se fait dans la bonne humeur.
Quelques conseils ; quelques soins prodigués. Avec maman Stéphanie et Mariette, j’essaye de les aider dans la progression de leur progéniture. Comme pour Lydia après ses jumeaux, c’est un petit Roland qui est né, dont le Papa n’est pas peu fier, un jour je pose une question à une mère de famille : « Pourquoi avez-vous tant d’enfants ?» et elle de me répondre : « Nos enfants, c’est notre richesse ».
Le mardi matin je le réserve pour les malades d’AKAMASOA hospitalisés.
Comme ce matin là passant le chemin, je suis interpellée par une Malgache qui me demande de la suivre jusqu’au village voisin « Ambohimangakely ». Après une périlleuse marche sur des pistes cahoteuses, nous arrivons à une petite cabane, où sur l’unique meuble, un bois de lit +une paillasse, est allongée une jeune fille de 16 ans environ, souffrant d’une ostéite purulente. Les soins sont inexistants, par manque d’argent. Huit personnes vivent ici, c’est la misère !
Après quelques précisions, c’est l’hospitalisation en urgence que je préconise.
Et le traitement commence. Comment récupérer quand cette jambe supporte une plaie béante, l’os découvert baignant dans un bain de matières purulentes.
Et les souffrances que cela occasionne à chaque frottement du drap.
Le temps passe, une opération est en vue. A la date fixée, les docteurs anesthésistes sont en grève (problèmes de déplacement).
A la suite d’une demande d’audience je suis reçue par la ministre de la santé à qui j’explique le problème. Beaucoup, de malades comme Marie- Jeanne attendent d’être opérés, et chaque jour les familles se déplacent, parfois de loin, afin de porter le repas aux parents malades. Ajouter à cela les frais journaliers augmentés par le prolongement du séjour, et c’est encore augmenter la misère de tous ces gens.
« Oui, dit-elle ce dossier sera à l’ordre du jour ». Elle tînt parole.
Malheureusement pour Marie- Jeanne, et pour d’autres raisons l’opération fût retardée. Il fallait la préparer à l’annonce de cette terrible nouvelle, à savoir l’amputer de crainte de la septicémie. Cette nouvelle fit couler bien des larmes à Marie Jeanne, mais comment faire autrement ? Ce fut fait.
(1) Enfants
A côté de Jeanne sur cette photo, Florentine personne dévouée, courageuse. Elle fût pendant l’hospitalisation de Marie Jeanne sa garde malade plus que cela, son soutien, Son amie.
A ce jour la cicatrisation se termine, elle ne souffre plus. Je n’ose encore regarder ce petit moignon droit. Mais déjà un espoir se lève.
En 1953 un Vazaha eut un accident à Madagascar Monsieur Jacquy Guie, il fut amputé dans ce pays et depuis a créé l’Association pour les handicapés de cette Grande Ile, s’efforçant de leur procurer les prothèses dont ils ont besoin.
Ici, je le remercie au nom de Marie Jeanne et de tant d’autres qui pourront un jour continuer leur vie normalement.
Je revois encore cette jolie jeune femme malgache toujours souriante Mme Harry, elle parlait un peu le Français, et nous nous comprenions bien.
Au bureau d’accueil de Mangarivotra, là où des personnes de l’extérieur viennent demander de l’aide, elle apporte conseils, orientation, avec son beau sourire, même si ce qu’elle entend la peine énormément.
Elle avait 3 enfants dont elle s’occupait au mieux ; malheureusement pour elle son mari décéda. On lui confia en partie la responsabilité de la gestion à la carrière.
Le temps passa ! Un jour plus souriant encore, elle me parle d’une nouvelle espérance.
Elle va se remarier et ses enfants sont bien acceptés par le nouvel époux.
Rentrant d’un séjour en France, je m’aperçus qu’elle attendait un bébé.
« Alors lui dis-je c’est pour bientôt ? Oui dit-elle pour mi-avril « ; nous badinions toutes les deux sur cet heureux événement.
Mi-avril se passe, il y un peu de retard, mais cela arrive parfois ; début mai, quelques inquiétudes quand même, la future maman fait peine à voir, elle est très fatiguée, et attend avec impatience la délivrance, et puis, un matin ne la voyant pas sur le pas de la porte de sa maison, je pense que l’événement sera pour ce jour, il était temps je pense !
A 14 heures occupée par mes visites auprès des familles, une voiture d’AKAMASOA s’arrête à ma hauteur, le chauffeur me dit, « si vous voulez bien m’accompagner, nous allons à l’hôpital, Mme Hary est décédée avec son bébé »
Je reste sans voix, ce n’est pas possible .Malheureusement, arrivée à la maternité, je ne pus que constater la vérité .Elle gisait là, méconnaissable, doublée de volume, avec un masque de souffrance terrible.
C’était donc vrai ! Pourquoi n’avait-on pas fait le nécessaire pour délivrer cette femme ? Une césarienne pratiquée à temps les eut sauvés tous les deux.
Tout simplement parce que l’argent n’était pas au rendez-vous pour faire ce qu’il fallait faire.
Je le dénonce, et je condamne ceux ou celles qui en portent la responsabilité à savoir faire de ces 3 enfants, 3 orphelins, Mme Hary avait 33 ans.
Ainsi la vie continue avec ses joies et ses peines.
Le temps ici ne compte pas, il n’y a pas la
possibilité de le capter, pas non plus d’établir un programme, il faut être disponible de cœur et d’esprit pour faire face aux problèmes qui se présentent et aider dans la mesure de ses
possibilités. Ainsi, ce mois de Mars 2001, le Ministre des Finances de Madagascar retarde considérablement la signature d’un document qui doit être envoyé à Bruxelles pour permettre à la
Communauté Européenne d’envoyer le riz nécessaire aux habitants d’AKAMASOA. Le résultat est irréversible, la nourriture des enfants à la cantine est allégée, la nourriture des anciens est réduite
de moitié, et à ce jour 15 Juin, rien n’est rétabli, le riz n’arrive pas… il faut tenir et espérer. Telle est la conséquence, d’un homme politique, qui ne tient pas compte de ses responsabilités
envers ses frères malgaches.
« Le riz (vary) est arrivé le 2 Novembre. Ici nous disons les « Beantitra », en France, ceux qui n’ont pas encore compris que leur tour arrivera disent les « vieux ».
Pour moi les anciens, ils sont près de 430 dans le rassemblement concernant la distribution des rations de riz.
Quelques uns viennent de villages éloignés de bon matin, leur sommeil écourté par l’âge, mais aussi par le froid, et la faim. Ils ne mangeront qu’à leur retour en fin de matinée. Tant bien que mal ils s’assoient à même le sol poussiéreux attendant leurs rations patiemment.
Mais une espérance est née, d’ici peu ils n’affronteront plus tous les temps au dehors. Par un don, une maison se construit pour eux ces anciens, ce sera en même temps un lieu de rencontre, un lieu de vie.
En France ou ailleurs l’on ne peut pas imaginer ; les maisons de retraite ressemblent fort à des hôtels tout confort, avec soins particuliers etc. etc.…
<< La Sauvegarde du Nourrisson>>, local que j’ai évoqué plus avant, et où j’effectue chaque jeudi la pesée des enfants a pris un air de jeunesse depuis sa rénovation et sa décoration.
Cette semaine ce sont encore 182 bébés qui ont été pesés. Leurs Mamans je les respecte, et elles le méritent bien ; c’est le cas de Rose, Lydia, Marceline et tant d’autres.
Rose habite une minuscule maison de bois avec ses 7 enfants. Son mari est décédé alors qu’elle attendait un bébé. C’est une femme jeune encore, son visage reflète la douceur, et dans son parler, jamais un mot plus haut que l’autre.
Elle mit au monde une petite fille, et vint régulièrement à la pesée. L’enfant présente parfois de la fièvre, et puis l’on s’aperçoit qu’une grosseur à la joue gauche se forme et, qu’ au fil des mois ,elle prend une ampleur considérable .Visite de contrôle, scanner, puis hospitalisation après une analyse à l’Institut Pasteur .Il s’avère que cela est une tumeur maligne. Le choc pour la maman, mais qui ne comprend pas très bien. Elle reste à l’hôpital, et dévient 24 h sur 24 h la garde malade de sa petite fille .Sa voix est toujours aussi douce, mais son visage se creuse davantage.
Ce Dimanche 27 Mai, il y a foule au gymnase-église .C’est jour de confirmation. En ce jour on remarque un réel effort au niveau de la toilette. On distingue beaucoup de taches blanches (robes blanches) parmi les couleurs.
La veille, l’Evêque était venu spécialement afin de préparer toutes ces femmes à prendre conscience, de leur engagement et de le perpétrer. Ainsi Marilyne qui a près de 65 ans.
Cette femme venait de perdre son mari et avec simplicité me demanda d’être son témoin. Ce fut une cérémonie simple mais émouvante, les chants emplissaient le gymnase, repris par l’Evêque à la voix chaude et émouvante. La cérémonie dura 3 heures car li faut vous dire qu’il y avait 130 confirmés. Mais jamais cérémonie ne trouvera à mes yeux l’éclat de celle-ci.
Dans la salle d’arrivage 2 familles viennent encore d’arriver, l’une une mère de 3 enfants pas de mari, l’autre 3 enfants ,également mère célibataire, la paillasse est étendue sur le sol, ils dormiront comme cela en attendant l’encadrement de bois servant de lit, l’un des enfants une petite fille de 4 ans, se plaint en permanence nuit et jour, les quelques médicaments reçus ne peuvent résoudre le problème ; leur condition de vie n’est pas un luxe, mais il ont un toit plus confortable que la rue.
Mon mari avec notre fille Sheila rentre en France, je me retrouve donc avec une liberté plus grande, qui, cela va sans dire est réservée pour ma famille malgache. Aussi disposant de mon temps, je décide de le leur consacrer, même la nuit et je me retrouve sur le lit pareil que le leur assez dur je dois dire et ma surprise fut grande de voir la grande sœur déposer la petite malade près de moi, et l’enfant de se blottir avec délectation ; quelle émotion de ressentir ce petit corps si fragile, recherchant un peu de chaleur.
Au petit matin, une agitation se fit, mais nous sommes en salle commune, et donc pas de problème, je décidai de m’assoupir encore un peu.
Et bien ma surprise fût grande quand Mariette, m’apporta avec son sourire par la surprise qu’elle me faisait, un verre de café, avec un pain, je me demande encore comment elle a pu faire, certainement revendu sa ration de riz pour quelques piécettes.
C’est une grande émotion de ressentir cette délicatesse, chez les pauvres .Ils n’ont rien, et malgré cela ils vous touchent au plus profond de votre cœur, et donnent même ce qu’ils n’ont pas.
Le lendemain je lui demande de préparer du riz amélioré de porc plus des petits pois, et une entrée : tomates, œufs durs, pommes de terre en salade. Assis tous ensemble à même le sol, les mamans et les enfants, près de 27 en tout, nous avons prié, et chanté.
Quand le service commença, les yeux brillaient de plaisir pour ce repas rarissime. Et pour cause, car il n’est pas rare, dans ce pays qu’une année, voire même deux s’écoulent sans pouvoir s’acheter de la viande, même des légumes ; quant aux gâteaux, ils n’y songent même pas.
Repus, cela se termina tard en soirée. Il faut vous dire que n’ayant pas d’éclairage électrique ce fût un repas aux chandelles, et petites lampes à pétrole. Je n’oublierai jamais ce temps fort .J’en ai apprécié chaque instant, et, cette joie ressentie à se sentir si bien parmi ces gens si pauvres mais si dignes.
Merci à toi Mariette pour ton dévouement, ta gentillesse, ta foi.
Et un jour, tu fis ton baluchon. AKAMASOA paya tes frais pour aller rejoindre tes enfants à Diégo. Quelques mois plus tard, j’ai reçu ta photo, en famille. Comme tu dois éprouver beaucoup de bonheur. D’ailleurs il suffit de voir ton large sourire. Mariette nous ne pouvons pas t’oublier.
Février 2002
Cette fois je suis seule partant pour Madagascar, il faut assez de courage pour quitter son mari, ses enfants ; mais une tâche m’attend déjà commencée, et je ne veux pas m’y soustraire. 400 anciens m’attendent leur maison n’étant pas terminée. Les peintures sont à faire, les rideaux à poser, c’est chose faite maintenant et c’est un régal de se trouver dans cette maison que j’ai voulue pour eux.
Je reste sur cette immense ovation qui m’a accueillie à mon retour parmi eux. Ce fût une très grande joie, mais le temps passe vite, et déjà il faut mettre des choses en place afin que leur maison continue de fonctionner après mon départ, surtout le maintien de propreté nécessaire pour bien y vivre. Chaque jour une nouvelle détresse, des appels au secours, manque de nourriture ou maladie.
A Mangarivotra, village qui m’est cher, je visite souvent Lydia 28 ans à peu près guérie d’une tuberculose. Elle a 3 enfants, un mari qui ne travaille pas…Elle met au monde une petite fille. Mais elle s’affaiblit, perd encore du poids, est- ce encore les méfaits de cette maladie ? Un matin, elle m’appelle, j’ai faim me dit-elle, mais étant au régime, elle avale quelques biscottes, le soir, elle n’est pas bien. Hospitalisation. A la première heure le lendemain, j’apprends son décès. Quel choc et quelle tristesse, j’ai trop de chagrin car à travers sa maladie cette femme ne se plaignait jamais, et pourtant !
Sur sa tombe, je récitai le « Notre Père » en Français. Mon dernier adieu à cette mère de famille si courageuse. Sa petite âgée de 3 mois au décès de sa maman sera nourrie au lait Gallia, lait que je lui amène chaque semaine, mais elle ne connaîtra jamais la tendresse de sa maman.
Depuis le début de ce mois, ici, à Antananarivo il y a crise politico-économique depuis le 16 Décembre, crise crée par le résultat des élections présidentielles à Madagascar entre Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Ce dernier est élu par le peuple Malgache, mais Didier Ratsiraka et son parti contestent le résultat du scrutin.
Des barrages s’érigent dans tous les point stratégiques du pays surtout en province ; ils sont l’œuvre des partisans du président sortant (qui ne veut pas sortir). Il s’en suit une grève des transporteurs et des banques victimes du blocage administratif.
Des entreprise telles « La Cotona>> ferment leurs portes avec pour conséquence 4500 emplois perdus en zone franche. Le groupe « Novel »géant du textile quitte Madagascar, 6000 emplois de plus sont perdus. Bref, c’est le désastre économique ; j’assiste à présent à la délation des citoyens entre eux car les choses ont effectivement dépassé le seuil du tolérable.
Tous les produits de première nécessité : riz, sel, sucre, savon, bougie, carburant ne se trouvent plus qu’au marché noir à des prix allant jusqu’à dix fois leur prix normal ; il est à déplorer des actes et des actions qui nuisent à l’unité nationale tel que le dynamitage des ponts et surtout la menace sinon le début d’une guerre civile, dont les conséquences ne peuvent être que désastreuses pour le peuple malgache.
Ce peuple est un peuple courageux, pacifique et d’une très grande gentillesse mais il est à bout.
Moi qui les côtoie chaque jour, je souhaite que l’on en parle, qu’on ne soutienne pas ceux qui les briment, qui les assassinent qui les poussent dans une misère plus noire encore, ayons le courage de le crier haut et fort.
Le pauvre ce sacrement de Dieu .Combien à la Fête des Chrétiens se sont écartés du pauvre en haillons. (« Il sent mauvais… Sait-on jamais ») après avoir murmuré devant l’Hostie. « Mon Seigneur et mon Dieu »
Ils se rassurent en se détournant de la face défigurée du pauvre en sa passion, en disant : « je ne connais pas cet homme ».
Dans les hôtels sordides, les taudis, Dieu se cache aussi sous la personne réelle de la pauvreté, là aussi c’est Jésus-Christ : sous les traits du clochard de la prostituée, du bagnard, du sans argent, du sans logis, du sans amour.
Nous qui communions au Corps du Christ, savons-nous communiquer avec le pauvre du Christ ?
Dans l’église les pauvres sont les témoins de la parole de Dieu ; ils sont l’aiguillon de la chrétienté. Et il n’est nulle manière de profaner cette communion là.
Parler du pauvre en appuyant trop, s’approcher avec trop d’aisance, de condescendance, avoir trop l’air d’être avec lui, le regarder avec insistance, autant de profanations dont la plus insupportable serait d’utiliser la misère pour la religion.
Quand en leur présence, on est plus désespéré et gauche, quand on souffre en silence, mal à l’aise et lourd d’un amour inexprimé, ce peut-être l’instant, l’heure de la communion, l’heure de grâce ; c’est une question de foi.
Je crois que l’essentiel, c’est de se sentir toujours tiré en avant, toujours insatisfait de ce que l’on fait, toujours à la recherche d’un nouveau pas à franchir.
Février 2002 Mardi c’est mon tour de visite à l’hôpital, 2 personnes d’AKAMASOA sont hospitalisées. Je porte quelques douceurs pour elles. Je prends donc le taxi Be (transport en commun). Comme le carburant manque, la circulation est plutôt fluide, partout des barrages suite aux élections présidentielles et nous roulons à travers une ville noire de monde.
Dans les couloirs de l’hôpital quelques personnes en visite attendent que le Docteur et les stagiaires terminent leur travail auprès des malades.
Entrant dans la chambre, à gauche de la malade à visiter, un autre lit avec un corps minuscule d’une jeune femme pas la trentaine. A ma vue ses yeux s’agrandissent et avec quelques mots en français, elle me dit : « Je voudrais du sérum, je suis pauvre », j’interroge le docteur que je surprends sortant de la chambre voisine .Je lui transmets la demande de la patiente ; sa réponse me sidère : impossible de la satisfaire, elle n’a pas d’argent me dit-elle ! C’est ainsi.
Est-ce une réponse pour un médecin ? Pauvre ou pas que peut-on penser d’un praticien qui a si peu d’égards pour la vie même de cette malade. Se souvient-il de son serment d’Hippocrate ?
Je ne mis pas longtemps à réfléchir et me dis :<< Jeune femme tu auras ton sérum ; sérum que je me procurai à la pharmacie de l’hôpital .Ensuite, je porte alors mon attention sur la malade d’AKAMASOA étendue à même une mousse jaunie d’urine ancienne. Quelle pauvreté. Pas de drap ; la malade repose sous une couverture usagée ; la sienne, venue avec elle.
Je me promets bien de revenir le lendemain afin de lui mettre sous elle au moins un drap propre car ici l’hygiène est plutôt rare (comme dans tous les hôpitaux d’Antananarivo). Drap, chemise de nuit, douceur, je parcours la ville mon sac sur le dos. Il y a grande effervescence en ville (toujours la crise politique). J’arrive enfin à l’hôpital ; mon premier regard est pour le lit voisin de ma malade à visiter ; j’y découvre un homme jeune .Surprise, je l’interroge : << Et cette jeune femme qui hier me demanda du sérum, où est –elle ? Morte me répondit-il>>
Quel choc ! Quelle misère. Je revois encore son pauvre visage dans sa supplication pour obtenir du sérum qui pour elle représentait la vie ! Elle ne peut être qu’auprès de vous Seigneur. Seigneur Ayez pitié ; De mes jugements. De mes emportements. De mes révoltes.
Faly un bon petit gars, il a 21
ans ; je l’aime bien il pourrait être mon fils. Quand je l’ai connu en 1996 il se débrouillait déjà par de petits boulots pour aider son père et sa mère.
Il est issu d’une famille nombreuse, puis il a appris la maçonnerie, car ici à la colline, il en faut des maçons pour créer des routes pavées, construire des murs, des maisons en dur, des bâtiments nouveaux pour Akamasoa etc…
Son père traîne depuis quelques années un cancer, il est dans l’impossibilité de travailler et donc Faly soutient sa famille avec son petit salaire.
De par sa situation, le père, de Faly perçoit la ration de riz attribuée aux anciens deux fois par semaine ; c’est là ou j’ai fait sa connaissance, c’était un homme jeune encore, plein de gaieté malgré son problème de santé, sa foi transparaissait. Au cours d’une fête religieuse ou folklorique par exemple, il se mettait à danser avec frénésie, toute la culture malgache y passait.
Revenant de France, ne le voyant pas, je demande de ses nouvelles !
Mort ! me dit-on. Est-ce possible ? Quel chagrin.
Ainsi Faly devient chef de famille, malheureusement, à cause de la situation politico-économique, le travail de maçon devient inexistant (70.000 FMG le sac de ciment) il se retrouve sans travail.
Sa maman se lève très tôt le matin afin de se rendre aux abattoirs chercher les ingrédients nécessaires pour faire « du boudin » .Coupé en petits morceaux, elle en récoltera quelques piécettes mais trop peu pour faire vivre les siens.
Maman de Faly a bu m’a-t-on rapporté, mais c’est son désespoir, sa peine qu’elle a hurlé à la colline, elle doit évacuer toute cette misère dont elle ne voit pas la fin.
Braves gens qui êtes dans l’aisance ne vous tourmentez pas, le pauvre se trouve de l’autre côté de votre porte vous ne pouvez le voir.
Maison de Mangarivotra comme celle de Faly (Voir photo).

Le Don des langues
Evoquons ce charisme qui se répand dans l’église depuis la période du Concile Vatican II.
Lorsqu’on ne le connaît pas ce charisme surprend et intrigue. Il peut revêtir des formes diverses : parler, prier, chant en langues, quelques mots généralement de louange à Dieu, prononcés dans une langue que ne connaît pas celui qui parle et c’est pourquoi le plus souvent ouvrir la bouche pou prier en langue étrangère est un acte d’humilité et de confiance..
C’est aussi la louange de ceux qui expérimentent combien Dieu est à la fois de toutes louanges et dans toutes les langues. »
« Il est inexprimable en effet celui que tu ne peux traduire dans le langage. Et si tu peux dire ce que tu n’aies pas le droit non plus de taire alors que faire, sinon ouvrir son cœur à une joie qui n’aura plus à chercher de mots, dilater sa foi lumineusement bien au-delà des bornes des syllabes » St Augustin.
Et même s’il apparaît aux yeux de certains que toutes tes œuvres manifestées Seigneur par tes serviteurs sont comme une goutte d’eau dans la mer, nous croyons « je crois » que cette goutte d’eau peut communiquer le sel à l’océan tout entier.
30 MAI 2002
Je ne vais pas à l’événement, l’événement vient à moi. Ce matin ma ménagère arrive, elle travaille pour 8 heures. Bien souvent nous faisons un brin de causette, avant de faire chacune ses tâches. Il y a eu un accident grave me dit-elle hier vers 15 heures.
A la carrière du village plus haut se trouvent des endroits où le sol est affaissé profondément En période de pluie cela se remplit d’eau et bien souvent l’on ne perçoit pas la profondeur. Pierre Marie, un jeune homme de 25 ans décide avec son copain de se baigner car il fait chaud ce jour là. Sitôt dit sitôt fait. Il plonge, mais il coule. Son copain 18 ans voyant cela, saute à son secours, malheureusement son corps disparait.
Des secours arrivent, hélas trop tard. Le corps de Pierre est sorti de l’eau sans vie ; on recherche son copain, pas de traces !
Ce matin d’autres recherches sont effectuées par les pompiers, le corps est retrouvé fin de matinée, tout ensanglanté. En plongeant l’ami de Pierre avait heurté un bloc de roches se trouvant sous l’eau.
En voulant sauver son copain Pierre, il perdit sa vie héroïquement il avait 18 ans. Tous les villages, c’est –à-dire les habitants vinrent faire une ardente prière ! Il s’appelait Jean-Luc et avait 18 ans.
Pourquoi ne pas dire que nous ne somme pas parfaits demandais-je à une amie ?
Parce que nous sommes des êtres humains me répondit-elle.
Je revenais ce vendredi de ma journée
sur la colline, heureuse, une journée bien remplie et aussi l’hommage que m’avait fait, le matin les anciens, et l’après-midi les couturières 2 cadeaux emplissaient mon sac à dos, mais plus que
cela, tout leur amour, et sans doute leurs privations pour me faire plaisir, cela est difficile de recevoir !
Une malgache portant son plus jeune enfant m’attendait avec une voisine du même village « Tananarene »Sans hésitation elle frappe à ma porte, je ne m’étais pas encore posée, je sentais une pulsion, mais les coups redoublèrent, j’ouvris avec colère, elle me demandait des médicaments pour son petit, mais surtout du riz. Il faut dire que cette femme a la vie très dure ; veuve, elle élève ses 4 enfants, mais sur le moment, je me sentais uniquement agressée, et surtout contrariée .Je réalisais que je ne pouvais pas la satisfaire ayant tout donné sur la colline. Ne sachant comment l’aider, je lui remis une boîte de lait Nestlé, car je n’avais ni médicaments ni riz à la maison, et je lui dis aussi de ne plus revenir ; et elle de me dire craintivement : Merci.
Ce soir, j’étouffe de mon comportement, n’étais-je pas venue ici pour m’occuper des pauvres ! De quelle façon je les reçois !!! Dans ces ténèbres de la conscience une lueur cependant.
Aussi le lendemain, tôt, je vais à l’épicier chercher ce qu’il faut et me dirige vers le village où elle habite. Je ne rencontre que
poussière, chemin, décharge, maisons de bois délabrées, enfants en haillons, qui me saluent avec de larges sourires.
C’est un petit garçon de 6 ans portant sur son dos le petit dernier âgé de 3 ans, qui me conduit chez lui, les couvertures humides de la nuit s’étalent sur un pan de mur, « où est ta maman ?>>lui dis-je. Elle est partie à la décharge chercher de quoi manger pour ce matin. Ma honte revient, « va la chercher » lui dis-je. Après un long moment, la maman revient, tout essoufflée, AZAFADY lui dis-je pour hier « Pardon » nous nous embrassâmes elle avait compris.
C’est une leçon que je n’oublierai jamais. Et je pense que ce qui compte dans nos mauvais comportements, c’est de « réparer ». Il faut réparer, cela libère la faute.
Sur le chemin de retour, un vieux, Monsieur m’interpelle : <<je vous reconnais>> me dit-il, vous êtes venue chez nous ? Et de me dire : <<Un jour un journaliste est venu ici au village, et P. Pedro par ici, et P. Pedro par là moi je lui ais dit non pas P. Pedro c’est un don de Dieu », il dit cela avec Gravité ! Oui cet homme dans sa triste apparence il avait compris que nous sommes tous dans les mains de Dieu et que dans les ténèbres la lumière peut nous éclairer.
C’est lui, c’est Dieu.
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