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Monique Gaudray
« Ma vie auprès des plus pauvres parmi les pauvres à Madagascar »
2 éme Partie :
« L’espérance »
PREFACE
Poussée par sa foi et son amour du prochain, Monique GAUDRAY a quitté la France en septembre 1996. A son arrivée à Madagascar, tout de suite elle s’est mise au service des pauvres, dans les villages créés par le Père Pédro OPEKA dans la banlieue Est de Tananarive.
A raison de deux séjours par an, de 3 à 4 mois chacun, et ce jusqu’en Décembre 2004, elle s’est dévouée corps et âme pour soulager les maux physiques et matériels de cette population la plus pauvre parmi les pauvres.
Au cours de ces huit années ou elle sillonna sans cesse les rues des villages, accompagnée de son interprète « Maman Stéphanie «, elle a pu constater que là comme ailleurs, vivaient des enfants handicapés.
Ces enfants restaient enfermés toute la journée, seuls dans la maison familiale, lorsque les deux parents travaillaient. Si la maman préférait rester auprès de son enfant, c’était un salaire de moins au foyer et par voie de conséquence, une plus grande misère.
Que faire pour aider ces enfants et leur famille ?
Le hasard voulut que Monique rencontre sur son chemin une maison en piteux état, quasiment abandonnée, mais bien située par rapport aux villages des alentours
Tout de suite, elle sut que cette maison serait la solution au problème du handicap.
Après maintes démarches et à la condition de la remettre en état, Monique put disposer de la maison. Les travaux durèrent 8 mois avec un important apport financier assumé par Monique seule
Enfin à la mi-septembre 2005, la maison est prête à recevoir des enfants ; Monique rayonne, son rêve est devenu réalité. A ce moment elle ignore encore qu’elle vient de pénétrer dans la gueule d’un loup, lequel a pour nom Lala N…… !
J’ai souvent accompagné Monique à Tananarive, mais avec une activité différente au cours des années antérieures à 2005. En ce qui concerne l’ESPERANCE, j’ai été témoin de ses soucis, de ses joies comme de son enthousiasme .Quelles qu’aient été les situations, elle n’a jamais désespéré
Vivant à ses cotés, j’ai recueilli ses propos concernant la mise en route de la Halte-Garderie (baptisée Espérance) et j’ai assisté à son plaisir de pouvoir choyer des enfants pauvres et handicapés.
En ce qui concerne cet ouvrage, nous avons choisi elle et moi de la laisser s’exprimer à travers ma plume
R. Gaudray
La mise en place de la halte-garderie ne fut pas qu’un coup de cœur, elle demanda des fonds bien sur, mais aussi de l’organisation.
Sur le plan des travaux, notre ami Jean-Jérome Fajolles fut un excellent maitre d’œuvre ainsi qu’un très bon coordinateur. Aidé par Frank son collaborateur malgache, il achemina avec son 4x4 tous les matériaux, de la ville jusqu’à la colline escarpée ou est située la maison .Sa présence sur place permit un travail de qualité.
Il est à noter Que Jean-Jérome, victime d’un AVC il y a quelques années, se déplace en fauteuil roulant, ce qui ne l’empêcha pas de veiller à la bonne marche des travaux.
Sur le plan fonctionnel, je m’étais attachée les services de Mme S…qui préféra quitter son emploi et sa maison chez le Père Pédro pour vivre pleinement l’aventure de l’Espérance, tant elle y croyait.
Madame Louise, « une Beantitra » (personne âgée) se porta volontaire en tant que cuisinière et rejoignit cet embryon d’équipe.
Mme S était une assistante très responsable, et en qui j’avais une confiance illimitée. En mon absence, elle dirigeait la halte-garderie avec efficacité et honnêteté me semblait-il.
Dès l’ouverture de la maison, j’ai du refuser des enfants et je me suis limitée à 7 faute de moyens plus conséquents, mais cet état n’allait pas durer car en France, des amis habitant un village près du mien, créèrent une association « Les Gosses de Tana » et ce afin de m’aider à accueillir un plus grand nombre d’enfants.
Il est évident que seule, je n’aurais pas pu assurer le fonctionnement de la Halte-Garderie car je ne parle que très peu le malgache. Qui plus est, lors de mes séjours à Tananarive, j’en profite pour faire effectuer les travaux d’entretien de la maison : maçonnerie, peinture, revêtement de sol, etc… Donc il me faut prospecter et acheter les matériaux nécessaires, rechercher également les ouvriers pour la réalisation de ces travaux.
Je dois aussi renouveler les stocks de denrées alimentaires pour que les enfants ne manquent de rien lorsque je suis en France.
Pour toutes ces raisons, il me fallait m’entourer de collaborateurs compétents et qui aiment les enfants handicapés.
De suite je pensai à Mme S… pour diriger l’équipe, me référant aux neuf années de collaboration amicale et fructueuse au service des pauvres vivants dans les villages du Père Pédro. Je n’eu qu’à me louer de ses services jusqu’au jour ou ….
Au printemps 2007, alors que j’arrivai de France, je trouvai les enfants amaigris et manquant d’entrain. Trouvant cela anormal, malgré les dénégations de Mme S…, je fis ma petite enquête tant auprès du personnel de l’espérance que du voisinage immédiat.
Ce que j’appris me stupéfia et me fit horreur.
Incitée par son mari, Mme S…. revendait à son profit les denrées alimentaires ainsi que les médicaments. Il ne restait donc pas grand’ chose pour les enfants.
J’eus alors un entretien difficile avec la coupable. J’étais décidée à la congédier, mais elle prit les devants, et le même soir elle et sa famille quittèrent l’Espérance ou ils étaient logés.
J’en ressentis une profonde déception, mais cela me servit de leçon. Désormais je n’eus plus de chef de file ; toutes les femmes travaillant à l’Espérance furent à égalité et reçurent le même salaire.
Du fait que la famille congédiée habitait la halte-garderie, je n’avais pas à me soucier de la sécurité ; mais dès leur renvoi il me fallu m’en soucier. C’est alors que je pensai à Mr Rabet, un monsieur âgé mais encore très vigoureux. Il accepta ma proposition d’effectuer un gardiennage de nuit, lequel se révéla efficace car je n’eus jamais le moindre ennui.
Mais j’en reviens à l’ouverture de la halte-garderie, c'est-à-dire en Septembre 2005
Louise, que je connaissais depuis plusieurs années me sollicita ainsi que je l’ai déjà dit, pour travailler avec moi, dès qu’elle fut informée de mon projet. Son domaine c’est la cuisine, c’est donc elle qui prépare chaque jour les trois repas pris par les enfants.
Vohanga a elle aussi commencé son activité dès l’ouverture de la halte-garderie. Mariette elle a été engagée plus tard.
Ce personnel gère les enfants tout au long de la journée, assure la propreté des locaux, et se relaie pour la corvée d’eau, la fontaine étant à environ 500m de la maison.
A ce personnel, il convient d’ajouter l’institutrice, Mlle Hélène, engagée plus tard. Elle dispense chaque jour son savoir aux enfants aptes à être scolarisés, et ce pendant une heure et demie.
Enfin il y a la laveuse, Florentine, que je connais depuis 12 ans, elle aussi engagée plus tard, et qui vient une fois par semaine laver le linge (tabliers, serviettes, culottes) que les enfants utilisent à l’Espérance.
L’incident regrettable que je viens de citer n’était rien en regard du problème qui me pourrissait la vie depuis l’ouverture de la halte-garderie, celui que j’ai appelé :
LA TRAHISON
La personne qui m’avait encouragée à réhabiliter la ruine qui allait devenir l’Espérance telle qu’elle est maintenant, c'est-à-dire Lala N……, je la considérais comme une amie.
Epouse d’une sommité médicale de Tananarive, elle est la responsable de la maison de retraite qui fait face à la maison des enfants.
Nous avions d’excellents rapports elle et moi, jusqu’au jour ou les travaux de rénovation furent terminés. Là, tout changea. Cette dame (Lala) m’envoya un avocat porteur d’un projet de bail au loyer faramineux pour cette maison rénovée par mes soins, dont elle se prétendait propriétaire, ce qui, ultérieurement, se révéla faux.
Ou était passée l’amie, que je reçue en France avec son mari, qui refusa d’entériner par écrit sa promesse de m’exonérer de loyer sous prétexte qu’entre amis la parole donnée suffit ?
Et moi pauvre imbécile honnête, je n’avais rien vu venir. Mais comment aurais-je pu savoir que cette femme était experte en matière d’escroquerie ?
Devant mon refus face à ce que je nommerai un racket, Lala me traina en justice au civil d’abord pour des motifs puérils, puis ensuite, en2007, au pénal avec pour motif des menaces de mort que j’aurais proférées à son encontre, le tout étayé par 2témoins, à savoir le couple que j’avais congédié.
Lala fut déboutée, j’avais un excellent avocat, mais à partir de ce jour je devins vigilante, craignant une réaction violente de sa part.
Toutes ces tracasseries me coutèrent cher en frais d’avocat, sans compter tout le temps perdu en démarches multiples, temps que je ne pouvais hélas pas consacrer à ces enfants que j’aime tant.
Si je n’avais pas eu ma foi et l’amour des enfants de l’Espérance, je pense que j’aurais abandonné la mission que je m’étais assignée.
Il ne fut pas nécessaire de faire de la publicité auprès des familles pour qu’elles me confient leurs enfants. Au contraire, alors que la maison était encore en travaux, les candidatures affluèrent.
Il ne fut pas facile d’en sélectionner sept, chiffre limite que je m’étais imposé compte-tenu des fonds peu importants dont je disposais(les miens) à l’époque.
Parmi eux, priorité fut donnée à Mélanie, que j’ai longuement évoquée dans la 1ere partie de cet ouvrage. Ce fut la seule résidente à être admise en internat, car elle était aussi la seule à n’avoir aucune famille pour l’accueillir.
Trois jeunes enfants venaient des villages d’Akamasoa, ceux créés par le Père Pédro, et trois autres enfin venant des villages alentours.
Curieusement, les enfants issus des villages du Père me furent rapidement retirés par les parents. Interrogés sur les causes de ce retrait, ils firent tous des réponses vagues et gênées
J’étais quand même peinée, car l’on s’attache rapidement à ces enfants, et je sais de quoi je parle, ayant moi-même eu deux filles handicapées, l’une décédée à l’âge de 16 ans, l’autre actuellement en France avec mon mari. Cette dernière, nous l’avons adoptée quand elle avait 13 ans ; elle est handicapée au physique et au mental.
L’aménagement initial de l’Espérance fut très spartiate, à savoir : un lit, une armoire et quelques nattes. J’avais aussi acheté du matériel de cuisine ainsi que des couverts et du matériel de nettoyage.
Ces 7 enfants étaient tous handicapés tant au physique qu’au mental ; parfois les deux.
La halte-garderie fut dès ses débuts ouverte de 8h à 16h du lundi au vendredi inclus, et les enfants y reçurent trois repas chaque jour : petit-déjeuner, déjeuner et gouter. Ainsi, même si le repas du soir est par trop léger, voire même inexistant, l’enfant peut attendre le lendemain sans trop souffrir de la faim.
A l’ouverture de la halte-garderie, le petit-déjeuner se composait de thé et de pain. Cela engendrait un problème du fait que le thé est diurétique. Il s’ensuivit une recrudescence de « pipi culotte »avec pour conséquences des changes nombreux à assurer, sans compter le lavage. Ce problème fut résolu par la suite quand mes moyens me le permirent. Le déjeuner quant à lui se composait invariablement de riz, je ne pouvais leur donner de la viande que deux fois par semaine.
En Février 2006, après deux mois passés près des miens en France, je suis revenue à Tananarive plus argentée que d’habitude. En effet, des amis habitant un village voisin avaient décidé de participer à mon action en faveur des enfants handicapés. Pour ce faire, ils créèrent une Association « Les Gosses de Tana » Forte de plus de 50 membres cette Association me permit pendant 4 années d’améliorer grandement l’infrastructure de l’espérance ainsi que les repas.
A partir de ce moment, le thé du matin fut remplacé par une bouillie épaisse et sucrée de semoule de mais. Le repas du midi fut lui aussi amélioré ; au riz traditionnel, je pus ajouter chaque jour, en alternance, de la viande, du poisson frais, des sardines, des œufs des tomates, des bananes.
J’ai également pu donner à ces gosses, un gouter rassasiant, à savoir la même bouillie nourrissante que le matin.
Au fil des années des enfants me quittèrent, d’autres arrivèrent ; mes ressources augmentant, leur nombre s’accrut. Pour les mêmes raisons, j’améliorai aussi le mobilier par l’achat de tables, de lits, de pupitres, de couvertures, etc…
J’en ai maintenant terminé avec les aspects matériels ; il est temps de présenter mes enfants, tout au moins ceux qui étaient près de moi à la fin 2008. A ce moment là, ils étaient 13, mais il m’aurait été impossible d’en recevoir davantage, les locaux devenant trop exigües
MELANIE
Cette jeune femme doit maintenant être âgée d’environ 40 ans. Elle occupe dans mon cœur une place à part pour les raisons que j’ai exposées dans la 1ere partie de cet ouvrage.
Mélanie, fille des rues, est autiste. Qui plus est, elle est, elle est quasiment aveugle.
Dans ce pays ou une vie ne coute pas cher, Mélanie n’a jamais été agressée. Volée oui, mais elle n’a jamais subi de préjudice physique.
Pour la mettre à l’abri, il y a de cela plusieurs années, je l’avais placée dans un établissement d’accueil d’où elle s’est enfuie se sentant atteinte dans sa liberté. Plus tard, je l’ai logée près de chez moi, mais dès que je rentrais en France, Mélanie repartait dans la rue.
Aussi, dès l’ouverture de l’Espérance, Mélanie y a trouvé une place de plein droit. Elle semble s’y plaire, car elle ne fugue plus. Qui plus est, les membres du personnel gardent toujours un regard sur elle au cas où !
Ces dernières années l’état mental de Mélanie s’est détérioré de façon sensible. Elle parle de moins en moins, et ses paroles sont de plus en plus inintelligibles. Toutefois, fait surprenant, quand j’apprends une chanson aux enfants( en français), il n’est pas rare que Mélanie la connaisse et la chante.
Logée d’abord à l’Espérance du temps ou Maman S…..en était la responsable, elle fut, au départ de cette dernière prise en charge par Louise qui l’héberge chez elle le soir et les week-ends. Ainsi que je l’ai écrit plus avant, Louise est une personne vivant avec des petits moyens ; aussi je fais en sorte que la présence de Mélanie ne soit pas une charge matérielle pour elle.
Cette nouvelle vie semble plaire à Mélanie qui s’ouvre maintenant aux autres, devient sociable et révèle peu à peu des connaissances acquises dans son enfance.
TAHINA
Tahina est un gentil garçon qui, comme Mélanie fut un des premiers à rejoindre l’Espérance. A cette époque, il devait avoir environ 6 ans. Il a des séquelles de poliomyélite, cela se remarque dans les mouvements du corps ; le coté gauche manque de coordination.
Toutefois ce handicap est mineur en regard d’un second bien plus traumatisant ; il est sourd et muet. Evidemment, un sourd de naissance est par voie de conséquence muet, ne pouvant répéter des sons qu’il n’entend pas
Néanmoins, j’ai remarqué que lorsqu’un avion survole la maison à moyenne altitude, Tahine lève les yeux dans la bonne direction. De plus, lors des séances de chant, il lui arrive de prononcer quelques syllabes des chansons.
Interpelée par ces contradictions flagrantes, j’ai conduit l’enfant chez un O.R.L, lequel a procédé à des examens approfondis desquels il ressort que l’oreille droite a perdu toute faculté auditive, quant à la gauche, elle percevrait très faiblement les sons.
La pose d’une prothèse lui permettrait de recouvrer une partie de l’audition sur l’oreille gauche avec pour conséquence bénéfique un rattrapage de son retard mental ; mais ce type d’appareillage est onéreux et……
A cela il faut ajouter que la Maman de Tahina est décédée, et que son Papa, charpentier, a encore deux autres enfants à charge en plus de Tahina.
Sidonie fit partie du groupe des sept enfants accueillis à l’ouverture. Elle fut admise à l’Espérance alors que les travaux n’étaient pas encore achevés ; mais il y avait urgence.
Cette enfant âgée de 16 ans est paralysée de la partie inférieure du corps, suite à une poliomyélite. Elle est issue d’une famille de 5 enfants et c’est la Maman qui par son travail assume seule la charge de sa famille.
Sidonie est non seulement paralysée, mais elle est également hydrocéphale. Qui plus est elle parle peu.
L’accueillir à l’Espérance permettait seulement de soulager quelque peu la Maman, car mes collaborateurs et moi-même étions impuissants face à ces deux handicaps ; nous ne pouvions que tenter de développer son intellect
Sidonie est devenue interne par obligation, car de son domicile à la halte-garderie, sa Maman devait la porter sur son dos sur environ 3 km, dont une colline à gravir. A noter que la maman pèse 43kg et Sidonie 50kg
Malheureusement, en Juin 2006 Sidonie s’est mise à souffrir de crises aigues d’encéphalite nécessitant une hospitalisation. A sa sortie de l’hôpital, je prévins la maman que je ne pouvais pas reprendre sa fille. Sa pathologie était trop lourde, et, pour des raisons de survie de la halte-garderie, je ne pouvais pas accepter des enfants souffrant de maladies évolutives.
Nous étions comme son nom l’indique une garderie, et de ce fait nous n’avions pas vocation pour prodiguer des soins autres que ceux habituellement du ressort familial.
Néanmoins je n’abandonnai pas Sidonie et allais lui rendre visite chez elle à mes rares moments de liberté.
NOELY
Ce petit garçon avait 4ans en 2005, c’était un petit modèle d’enfant ; il mesurait 65 cm pour un poids de 7kg.
Noely avait un retard mental important : il ne parlait pas, ne marchait pas, ne mangeait pas seul bien qu’il ait un appétit féroce.
Sa Maman, célibataire, a, en plus de Noely, quatre autres enfants. Elle exerce la profession de jardinière à Akamasoa ; son salaire leur permet tout juste de survivre ; elle est vraiment une des plus pauvres parmi les pauvres
Cet enfant avait une petite santé, il était souvent malade. Il a cessé de venir à l’Espérance, et je ne l’ai jamais revu.
Si son absence avait été consécutive à son décès, je l’aurais su, mais mon emploi du temps ne me permettant pas de circuler fréquemment dans les villages, c’est un peu normal que je l’ai perdu de vue.
NESTOR
Nestor fut un cas très spécial. Agé de 17ans à son admission en 2005, il passait pour un être violent, voire dangereux. Mais qu’en était-il vraiment de cet adolescent ?
Le père et la mère travaillaient tous deux dans une des carrières de pierre d’Akamasoa. Leur fils, peut-être handicapé mental à la naissance, fut dès son plus jeune âge livré à lui-même.
Afin de pouvoir travailler, ses parents l’enfermait, seul, toute la journée dans leur maison.
De par sa position physique repliée, il a un usage difficile de ses membres inférieurs. Quelle était l’origine de cette position ? La honte, un sentiment de rejet ? Je ne l’’ai jamais su.
Toujours est-il qu’après deux semaines à l’Espérance, nous avions commencé à l’apprivoiser
Qui plus est, avec un soutien de part et d’autre, nous réussissions à le mettre en position verticale. Je crois qu’avec le temps et de la patience, il n’aurait pas été impossible qu’il retrouve l’usage de ses jambes. Hélas, le destin en avait décidé autrement
Un Lundi, le Papa est venu tout seul nous annoncer qu’il nous retirait son fils, il ne m’a donné aucune raison de ce retrait malgré ma demande, et là encore je n’ai plus jamais revu cet adolescent qui n’était pas plus violent qu’un autre. Il avait juste besoin de se sentir aimé, et moi, pour tous ces enfants plus ou moins rejetés, de l’amour, j’en avais à revendre.
ROLAND
De même que Nambina et Gabriel, Roland est entré à l’Espérance plus tard que ceux décrits précédemment.
Roland n’a lui qu’un handicap physique, mais quel handicap ! Il a un pied bot. Cela ne l’empêche pas de se déplacer avec vélocité, de plus il n’a aucun complexe. Il faut dire qu’à son entrée il n’avait que 6 ans
Qui plus est il est très intelligent. Comme j’ai en projet de scolariser sur place les enfants dont les facultés mentales le permettent, Roland fera partie de ceux là.
Tant qu’il est resté à l’Espérance, Roland a vécu heureux parmi les autres enfants, ne se souciant nullement de son infirmité ; et son plus grand plaisir était de me cueillir des fleurs chaque jour.
Et puis, lui aussi nous a quitté. La famille a quitté la région de Tananarive, avec leur fils, bien entendu.
Cet enfant, je l’ai beaucoup regretté tant il était gentil. Mais c’est la vie !!!
N’JARA SURNOMME DADADA
Cet adolescent, âgé de 16ans en 2005, vient d’un village voisin, Ambohimahitsy. Il est issu d’une famille moins pauvre que la plupart de mes autres enfants.
Son Père, veuf, est chauffeur de minibus dans une coopérative de taxis collectifs.
Dadada a trois frères et sœurs, mais j’ignore tout d’eux. C’est la grand’mère paternelle qui s’occupe de l’enfant.
Etant autiste profond, il vit dans un monde qui lui est propre, et ceci la plupart du temps ; néanmoins, la fréquentation de l’Espérance lui apporte un plaisir certain, celui de n’être pas seul comme c’est le cas lorsqu’il est chez sa grand’mère.
Dadada aime beaucoup la compagnie des autres résidents avec qui il s’entend très bien.
Que dire de plus sur cet ado qui est bien intégré et ne me cause aucun souci.
GABRIEL
Tout comme pour Roland, le handicap de Gabriel est seulement physique.
Lorsque l’on m’a amené l’enfant, en Juin 2006, il était seulement âgé de 3ans, et, j’étais loin de me douter du pourquoi de sa venue à l’Espérance.
En effet, la paupière de son œil gauche était fermée et collée. Quand je commençai à lui nettoyer cet endroit, je m’aperçus avec stupeur, que sous la paupière il n’y avait pas d’œil.
Après avoir questionné la femme qui m’avait amené Gabriel, j’appris qu’il s’était malencontreusement trouvé en travers du chemin de ses parents qui, sous l’emprise de la boisson, étaient en train de se battre. Résultat du coup reçu, l’œil de l’entant était sorti de son orbite.
Les parents de Gabriel sont jeunes, mais hélas alcooliques. Le pire c’est qu’ils ont 3 enfants. Je les ai bien sur raisonnés ; ils m’ont bien promis de ne plus recommencer, et leur repentir était sincère, mais, quand la misère est là en permanence, peut-on les blâmer de chercher l’oubli dans l’alcool, de très mauvaise qualité qui plus est. Cet alcool, appelé « toka » est en fait un rhum très corrosif, interdit à la vente, mais qui à cause de son prix plus que modique est vendu au détail dans les débits de boissons des quartiers les plus pauvres de Tananarive. Toujours est-il que j’ai gardé Gabriel à l’Espérance jusqu’à ce que son œil soit guéri, mais ensuite, je n’ai pas eu le cœur de le renvoyer tant il est adorable. Alors, je lui ai donné le statut de résident. Fait marquant, il est tout petit, mais son estomac est sans limites, à se demander comment il peut entasser autant de nourriture.
TINAH
Petite fille de 10 ans, elle est adorable, tant par sa douceur que par son comportement.
Le handicap de Tinah est seulement physique, mais quel handicap. Il y a d’abord ses jambes, qui si elles semblent normales par l’aspect, donnent l’impression de ne pas pouvoir supporter son corps, d’où sa marche hésitante et saccadée.
Le pire vient de ses bras et surtout de ses mains. Leur déformation est telle que la préhension des petits objets lui est impossible. Celle des objets plus volumineux, tels une balle de tennis lui est possible quoique pas aisée.
Tinah, gamine intelligente, est consciente de sa malformation et des difficultés que cela engendre. Par exemple, il lui est impossible de tenir une cuiller ; aussi, a-t’elle besoin d’une tierce personne pour s’alimenter.
Néanmoins, Tinah est toujours souriante et de bonne humeur. De toute ma petite tribu, c’est elle la préférée de mon mari, bien qu’il s’en défende.
ONJA
Très attardé sur le plan mental par son autisme, Onja se comporte comme un petit animal dès qu’il est en liberté. Il court dans tous les sens, grimpe aux arbres avec une telle agilité que mon mari l’a surnommé « Sheeta » comme la guenon de Tarzan. Ce n’est pas une moquerie de sa part, mais Roland n’a jamais pu se départir de sa gouaille parisienne, même après 2ans dans le Nord et 20ans dans le Midi.
Si sur le plan physique Onja est normalement développé, son comportement est lui loin d’être normal en ce sens qu’il n’est guère obéissant. Asa décharge il faut dire que jusqu'à son entrée à l’Espérance en 2006, il était enfermé dans la maison maternelle pendant que sa Maman travaillait. Finalement, tout bien considéré, il aurait pu être pire, il n’est qu’à se rappeler Nestor dont j’ai évoqué le cas plus avant.
Onja, âgé de 12 ans, vit avec sa Maman, célibataire, qui heureusement n’a pas d’autres enfants, son fils de par son handicap lui prend tout son temps « libre ».
LANTO
C’est une jeune fille de 20 ans, la dernière arrivée à l’espérance. Elle est très douce et fort gentille, mais elle est autiste
Pendant de nombreuses années, elle fut accueillie au Centre Médico Educatif de Tananarive (Les Orchidées Blanches) que ma fille Sheila a fréquenté de 1997 à 2001 inclus à ma grande satisfaction, pendant mes séjours à Madagascar. Il faut dire que pendant ces années, nos séjours étaient de 3 à 4 mois chacun, que mon mari travaillait bénévolement chez le Père Angelo, aumônier des prisons.
Pour en revenir à Lanto, ses parents ont connu l’Espérance par le « bouche à oreille «, et, ils ont voulu voir si l’établissement était à la hauteur de sa réputation. Ils m’ont avoué avoir retiré leur fille des » orchidées »pour des raisons financières
Lanto est autiste comme je l’ai déjà dit. Elle vit dans son monde à elle sans faire de bruit. Elle accepte la présence des autres enfants, mais elle ne s’est pas encore intégrée au groupe. J’espère que cela ne tardera pas.
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