Ma vie auprès des plus pauvres parmi les pauvres à Madagascar II suite»

LA  SCOLARITE  A L’ESPERANCE

 Quand l’idée m’est venue de scolariser les enfants aptes à apprendre, j’ai de suite pensé à Mme Josette. Je la connais depuis des années, et nos relations ont toujours été agréables. C’est une femme droite, courageuse, qui ne recule devant aucun effort pour se sortir de la vie accablante qui est la sienne depuis des années Ses efforts ont été couronnés de succès, car elle a réussi à devenir institutrice chez le Père Pédro ; et Dieu sait que les critères du Père sont exigeants, ce qui est normal quand on a la responsabilité de former l’esprit des enfants.

Toujours est-il que je ne pouvais pas faire un meilleur choix ; aussi l’ai-je contactée et proposé d’instruire mes enfants à raison d’une heure et demie par jour, du lundi au vendredi inclus. Nous nous sommes mis d’accord sur les conditions, j’ai fait l’acquisition du matériel et des fournitures dont j’avais besoin, et, dès le début Juillet 2006, Mme Josette commença à prodiguer ses leçons, à la satisfaction de tout le monde.

Cet état de grâce dura jusqu’au jour ou son employeur majoritaire lui fit comprendre qu’elle devait se consacrer uniquement aux enfants d’Akamasoa.

Elle me fit part de son dilemme et d’un commun accord, nous convînmes de rompre notre partenariat, avec grand regret de part et d’autre

Par chance, pour les enfants, le hasard, mais n’est ce pas plutôt le destin, voulut que je rencontre Mlle Hélène quelques jours après le départ de Mme Josette. Hélène, que je connaissais aussi depuis des années était justement à la recherche d’un emploi d’institutrice.

L’accord entre nous fut vite conclu, et Hélène prit de suite ses fonctions. Elle se révéla aussi efficace que Mme Josette, qui plus est, les enfants l’adoptèrent de suite, et par voie de conséquence, les résultats scolaires de mes pensionnaires furent très satisfaisants.

 

 

 

 

 

UNE JOURNEE A L’ESPERANCE

L’ouverture matinale de la halte-garderie est normalement prévue à 9h, mais, certaines familles déposaient leur enfant à partir de 6h. A cette heure là, Mme S…. logée à l’Espérance et ayant elle-même deux enfants à charge, n’était pas prête à les accueillir.

Il m’a fallu organiser une réunion avec tous les parents pour les convaincre d’être raisonnables. De mon coté je fis un geste, et dès ce jour, aucun enfant n’arriva avant 8h.

Les activités commencent quand tous les enfants sont arrivés. Aussi, dans l’attente de ce moment, chaque arrivant est libre de s’amuser avec le jouet de son choix. A noter que tous les jouets en service à l’Espérance sont venus de France dans mes bagages.

Quand le groupe est au complet, le petit déjeuner est servi. Ainsi que je l’ai écrit dans un chapitre précédent, ce repas matinal consiste en une bouillie de semoule de mais, épaisse et fort sucrée que les enfants avalent avec un plaisir évident.

Ensuite, c’est l’heure des jeux éducatifs, tout au moins pour ceux qui en sont mentalement capables. Il y a à leur disposition, des puzzles, des sujets en bois, prédécoupés, à encastrer dans des logements spécifiques, des cubes à remettre dans le bon ordre, des perles à insérer sur des supports appropriés, des dominos avec des motifs animaliers en remplacement des points habituels, etc…etc.

Mes collaboratrices et moi-même, nous efforçons de faire progresser les enfants les plus attardés ou les moins doués. Quel plaisir partagé, lorsque, après de multiples essais, le but est enfin atteint.

Vers 10h30, tout le monde se prépare pour la promenade. Les plus petits et les enfants inaptes à la marche, restent à la maison avec Louise et Vohanga. C’est pendant la promenade que Louise prépare le repas du midi.

Mme S…, les enfants valides et moi-même descendons jusqu’au village, et plus précisément jusqu’à la première épicerie. Là, j’achète des petits paquets de friandises qui seront dégustés un peu plus tard.

Quand les enfants étaient peu nombreux, nous étions assez de deux adultes pour les encadrer ; mais quand leur nombre s’est multiplié il m’a fallu engager une autre assistante maternelle, Mariette, Qui se révéla aussi efficace que Vohanga.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, après que Mme S…..eut été congédiée, je m’assurai les services partiels de Mme Rabet, l’épouse du gardien.

Sur le lieu de repos choisi, les enfants, après la dégustation de leurs friandises, se divertissent de diverses façons : lancer des brindilles dans les arbres,, observer des insectes, manœuvrer des véhicules faits de boites de conserve, baptisés voitures ou camions suivant la taille.

A Madagascar, la pauvreté rend les enfants ingénieux.  Bien souvent, ils fabriquent leurs jouets eux-mêmes avec du carton, des bouts de bois, de la ficelle, du fil de fer ; mais le matériau de prédilection reste quand même la boite de sardines. Ils ne négligent pas non plus les objets rebutés tels que pneus usagers, jantes de bicyclette, objets en plastique, non réparables, etc…Leurs jouets, ils en sont très fiers, qu’ils soient normaux ou handicapés.

Il ne faut pas oublier qu’à Madagascar 74% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté ; alors, il n’est pas question pour les enfants issus de cette population, de posséder un jouet sophistiqué, sauf en rêve

Après cette mise au point, nécessaire à mon avis, revenons-en à notre promenade matinale. A l’issue de la pause, il reste un petit trajet à effectuer, trajet en pente ascendante. Là, nous prenons notre temps pour ne pas fatiguer nos gosses, et nous arrivons à l’Espérance ; il est presque l’heure du repas.

Mais avant, il faut faire toilette pour être propre à table. C’est donc pour chacun le lavage du visage, des mains et des pieds pour ceux qui n’ont pas de chaussures. Cette toilette se fait évidemment avec la participation active des aides maternelles.

Vient enfin l’heure du repas de midi, tant attendu. Celui-ci est consistant, varié et copieux. Rien ne reste dans les assiettes, et ceux qui mangent le plus ne sont pas spécialement les plus grands

Quand le repas est achevé, les enfants rangent leur bavoir sur une étagère d’armoire, choisissent une couverture, et gagnent gentiment leur lit. Je vais ensuite leur proposer une peluche, car eux aussi aiment avoir un « doudou » pour dormir. Les plus coquins en prennent même deux.

La sieste est une période de relaxation pour mes collaboratrices. Après avoir fait la vaisselle, elles goutent un repos bien mérité …….en s’adonnant aux joies du jeu de dominos.

 

 

 

 

 

 

 

La plupart du temps, je ne peux pas profiter avec elles de cette pause car il n’est pas rare que devant l’Espérance, une ou plusieurs femmes désirent m’entretenir de leurs problèmes. Les villages du Père Pédro sont tout près, les familles me connaissent et savent que dans la mesure de mes possibilités, je m’efforcerai de leur venir en aide.

Bien des femmes élèvent seules leurs enfants. Soit elles sont mères célibataires, soit le mari a déserté le foyer. Il n’est pas rare qu’elles aient 5 ou 6 enfants, il est aussi fréquent qu’elles n’aient rien à leur donner à manger, que, faute d’argent encore, elles ne peuvent acheter le médicament nécessaire à la guérison de leur enfant, ou que, prêtes à accoucher, elles n’aient absolument rien pour vêtir le nouveau-né.

D’abord, j’essaie de leur remonter le moral, puis vient l’aide matérielle : du riz ou du lait concentré pour l’une, un médicament pour une autre, si je l’ai ; sinon je le lui achète le lendemain, une layette pour une autre encore.

Après toutes ces années ou je me suis investie pour les pauvres de Madagascar, je connais leurs besoins en matière d’habillement pour leurs petits, et, dans mon village provençal, j’ai de charmantes dames qui tricotent pour moi ( je devrais dire pour eux ).

J’ai pour règle de ne jamais donner d’argent, car l’expérience aidant, j’ai appris que bien souvent la somme donnée n’était pas utilisée pour satisfaire la demande, mais pour boire ce mauvais rhum (toka) déjà évoqué, rhum qui rend fou quand il est consommé avec excès.

Je ne veux pas excuser ces femmes qui agissent ainsi, mais je peux les comprendre. La misère dans laquelle  elles vivent est telle que parfois elles ont besoin d’oublier leur état misérable. Elles choisissent la solution de facilité et boivent alors jusqu’à l’abrutissement.

Que ferions-nous,-nous, femmes européennes dans la même situation ? N’oublions pas que la misère peut frapper n’importe qui à tout moment.

Donc, j’en étais à l’heure de la sieste, repos profitable à tous.

Vers 15h, les enfants sont quasiment tous réveillés. Ils déposent les « doudous » dans un grand carton, et les couvertures repliées dans l’armoire de rangement.

A nouveau les enfants peuvent jouer, mais cette fois à l’extérieur, dans la cour pavée, ou, à cette heure du jour il fait bon être compte-tenu de l’ombrage et de l’air frais qui souffle bien souvent en fin d’après-midi.

 

 

Enfin, dernière activité de la journée, et pas la moins appréciée, le gouter. Il est servi vers 15h45 ; comme le matin, il se compose d’une bouillie de semoule de mais sucrée, épaisse à souhait afin qu’elle permette à l’estomac de ronronner de satisfaction.

Depuis leur arrivée à l’Espérance, les enfants, bien nourris, se sont « remplumés ». Il n’est qu’à les voir en photo dans les pages qui précèdent.

La fin du gouter correspond sensiblement à l’heure de fermeture de la garderie. Les familles viennent chacune à leur tour, rechercher, qui son garçon, qui sa fille, que je reverrai avec plaisir le lendemain matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PREMIER BILAN

Trois années se sont écoulées depuis l’ouverture de l’Espérance, et je ne puis m’empêcher de mesurer le chemin parcouru.

En Septembre 2005, date à laquelle la Halte-Garderie fut officiellement ouverte, je n’avais à offrir aux enfants que le strict minimum en regard des besoins occidentaux,

Je n’avais que peu de matelas pour les coucher (deux ou trois), quelques nattes à terre sur lesquelles ils s’assaillaient pour jouer et pour manger.

Le midi, leur assiette était pleine bien sur, mais la nourriture incomplète sur le plan des apports nutritifs (vitamines, protéines, glucides, lipides etc…) Je faisais le maximum avec mes seuls moyens, estimant que c’était peu, mais mes petits eux étaient heureux ; finie la solitude, finie la faim. Qui plus est, et c’est là le fait majeur pour eux, ils se sont sentis aimés. Ce n’est pas pour rien que leurs salutations du matin et du soir soient vite devenues : bonjour Maman, bonsoir Maman ! Ceci est ma récompense, je ne souhaite rien de plus.

Le temps passant, j’ai pu améliorer le confort de la maison, à savoir faire fabriquer des lits pour recevoir les matelas, puis une grande table et des bancs afin que les enfants puissent manger et jouer dans de meilleures conditions. J’ai aussi fait paver une surface ombragée jouxtant la maison afin que les enfants aient une aire de jeux sans boue ni poussière. Pour cela il a fallu désherber la surface à paver, action qui donna à Lala N… l’occasion d’exercer à mon encontre, sa méchanceté, frustrée par mon entêtement à refuser son « racket ».Mais je reviendrai plus tard sur cet épisode lourd de conséquences.

L’association « Les Gosses de Tana » créée en Janvier 2006 pour renforcer mon action auprès des enfants handicapés, m’a permis dès le mois de Mars de la même année, de donner à mes protégés une alimentation plus riche en éléments essentiels

Donc, à partir de 2006, je fus à même de mener à bien des projets que je jugeais essentiels ; à savoir : la fabrication d’une autre table, d’autres lits, la construction d’une toilette extérieure, puis renforcer la sécurité de l’Espérance par la fabrication et la pose de volets sur les cinq fenêtres de la maison, plus celle du dispensaire.

 

 

J’avais encore d’autres projets pour le futur, mais Lala N… ne m’a pas laissé le temps de les réaliser. Mais avant d’aborder cet ultime chapitre, je tiens à vous faire part, de mes sentiments envers ces enfants qui me furent confiés et que j’ai toujours considérés comme les miens.

Quand je les vois VIVRE leurs journées à l’Espérance, avec chacun son propre handicap, sans jamais se plaindre, faisant le maximum d’efforts pour vaincre leurs difficultés physiques ou mentales, mes yeux se remplissent de larmes et mon cœur de tendresse

Je sais qu’à travers mes gestes quotidiens, ils sentent ma volonté de les faire avancer et de les rendre autonomes

                                      Comme je les aime.

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                             LA MALVEILLANCE

Je n’étais plus une femme naïve lorsque je me suis lancée dans l’aventure de l’Espérance, et j’avais encore foi en mon prochain, surtout en matière d’action humanitaire.

C’était sans compter avec le démon de la possession qui habite certains, et ceux-là sont prêts à tout pour arriver à leurs fins ; c’est le cas de Lala N…

J’ai déjà évoqué ce qu’elle fit à mon encontre dès l’achèvement des travaux effectués pour rendre opérationnelle la Halte-Garderie.

Je ne pouvais pas accepter de payer un loyer, et ce pour deux raisons : la première étant la promesse verbale de Lala m’exonérant de cette charge, la seconde étant qu’après avoir enquêté auprès du service cadastral il est apparu que Lala n’était pas propriétaire de la maison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle ne m’a jamais fait expulser.

Dès mon refus de payer un loyer à Lala N, les tracasseries se multiplièrent, et cela dura 3ans. Tout y passa ; graffitis sur les murs de la halte-garderie, insultes envers les enfants, plaintes au civil et au pénal. En ce qui concerne les plaintes, celle déposée pour menaces de mort fut jugée fin 2007 ; Lala fut déboutée. L’autre plainte concernant un arrachage de céréales, en réalité des mauvaises herbes enlevées pour paver une surface d’environ 12 m2 jouxtant la maison, afin d’avoir une aire de jeux propre pour les enfants. Celle là, Je crois qu’elle n’est pas encore jugée à l’heure ou j’écris ces lignes. En ce qui concerne cette plainte particulière,  je fus convoquée le 08 Octobre 2008 au ministère de l’intérieur par un commissaire divisionnaire, Mme R. occupant le bureau No. 2555. Ce ne fut pas un interrogatoire musclé, mais la commissaire assistée de deux inspecteurs, ne fut pas tendre, loin de là. J’avais l’impression d’être une criminelle à qui l’on voulait faire avouer un crime. Cela dura 2 heures, heures très pénibles que je ne suis pas prête d’oublier. Je pus enfin partir, mais psychologiquement j’étais une loque. Je m’en voulais d’être si perturbée sachant que j’étais innocente de ce que l’on me reprochait, mais je suis ainsi faite.

J’oubliai néanmoins cette péripétie juridique, et continuai mon travail auprès des enfants jusqu’au 1er Novembre, date à laquelle mon mari et moi rentrâmes en France.

De retour à St.Auban, petite ville des Alpes de Haute Provence ou je demeure, je repris ma vie française, pourrais-je dire, heureuse de revoir mes enfants. Ce

bonheur fut néanmoins perturbé par plusieurs rumeurs en provenance de Tananarive, rumeurs selon lesquelles je serais désormais interdite d’entrée sur le territoire malgache.

Au début, je n’y pris guère attention, mais après le troisième appel d’une connaissance, je commençai à m’inquiéter.

Mon mari, qui durant toutes ces années, m’a toujours soutenue et aidée quand le besoin s’en faisait sentir, a commencé lui aussi à se faire du souci pour moi, (par contagion surement). Après en avoir parlé ensemble à plusieurs reprises, il se décida à me proposer de partir à Tananarive, afin de contrôler la véracité  des rumeurs, et, éventuellement d’enquêter et prendre les meilleures dispositions pour solutionner le problème, si problème il y avait.

Pour ce faire, nous préparâmes un dossier sur mes activités présentes et passées, à Madagascar, que ce soit chez le Père Pédro ou en toute indépendance. Il est quand même à noter qu’au cours des mois suivants, nous avons effectué seuls, mon mari et moi, un parcours semé d’embuches, face à une administration elle-même déstabilisée par la crise politique ayant un parfum de révolution.

Roland, partit donc en guerre le 30 Novembre pour ne revenir que le 24 Décembre, puis ensuite du 27 Janvier au 05Février, et encore du 02 au 09 Avril, puis enfin du 08 au17Juillet de l’année 2009.

Durant tous ces voyages il s’efforça, en vain, de percer le mystère entourant cette interdiction d’entrer à Madagascar. Que ce soit par ses propres démarches ou par celles de l’avocat que nous avions engagé, nous nous heurtions invariablement contre un mur fait d’ignorance, de laxisme, voire même d’indifférence.

Mon mari a frappé à bien des portes : la secrétaire de la Présidente, un Sénateur bien connu, des journalistes, tous récipiendaires du dossier que nous avions constitué ; nous n’avons jamais eu de réponse, de personne.

Toutefois lors de son dernier voyage en Juillet 2009, Roland avait contacté un officier de la Police Aux Frontières. Ensemble, ils avaient regardé sur ordinateur si le nom de Ginette Gaudray figurait en tant que personne indésirable ; rien de ce genre ne figurait en regard de mon nom. Cette information m’a fait reprendre espoir, et dans le même temps, nous avons commencé à entrevoir une machination forte vicieuse, commanditée par Lala N. mettant en cause des fonctionnaires parfois de haut rang.

Au cours de cette année 2009, j’avais adressé un courrier au Président de la République, lui exposant mon problème et lui demandant son aide. Il donna suite à ma requête, et par le biais du canal diplomatique, le dossier arriva au Ministère de l’Intérieur Malgache. Là encore on ne trouva rien ; ce qui renforça mon hypothèse qu’en dehors du bureau de ce commissaire divisionnaire, il n’y avait aucun dossier m’incriminant de quoi que ce soit.

Afin de confirmer mes soupçons, je fis auprès du consulat malgache de Marseille une demande de visa que j’obtins sans aucun problème. Alors je pris un billet d’avion à destination d’Ivato et,  le 02 Septembre je m’envolai pour Madagascar.

Deux jours avant mon départ, j’avais informé Louise de mon retour sans penser que cela aurait une conséquence désastreuse. Bref, j’arrive à Ivato, présente mon passeport à la Police Aux Frontières qui, après avoir consulté leur ordinateur me le rend signé et visé.

Ma joie fut de courte durée, car à peine en possession de mon passeport, je me retrouve face à face avec les deux inspecteurs du bureau de Mme la commissaire divisionnaire qui m’avait interrogée en Octobre 2008…. Ces inspecteurs étaient munis d’un ordre d’expulsion signé de leur supérieure.

Imaginez ma honte, mon humiliation, mon chagrin, mon immense douleur d’être ainsi reconduite à l’avion qui m’avait amenée, encadrée par 2 policiers comme un vulgaire délinquant. Cette honte je l’ai gardée en moi pendant des mois ; je n’arrivais pas à m’en débarrasser, elle me suivait partout, même la nuit ou elle venait interrompre mon sommeil.

Comment ces policiers savaient que j’allais arriver ce jour là, par ce vol ? La réponse est facile. Louise tout à la joie de me revoir a répandu l’annonce de mon retour. Dans les villages du Père Pédro, les nouvelles circulent très vite ; ainsi Lala N. a du être informée très rapidement, et par voie de conséquence son amie de la police.

De tout ce qui m’est arrivé entre mon interrogatoire par la police en Octobre 2008 et mon expulsion en Septembre 2009 je n’ai pas de preuves pour étayer mon hypothèse, mais je doute que tout se soit passé autrement.

J’ai voulu prendre du recul avant que de m’engager à nouveau dans une action humanitaire, j’ai quand même accepté de prendre la présidence d’une association qui œuvre en faveur des jeunes Béninois, mais je n’y suis pas très active, ayant perdu une partie de mon tonus.

 

 

LA  FIN  D’UN  ROMAN  D’AMOUR

Ce fut réellement un beau roman fait essentiellement d’amour, que toutes ces années ou je me suis investie sans compter auprès de cette population Malgache, de tous ces pauvres que j’ai appris à aimer de toute mon âme au fil des 13 années passées sur la « Grande Ile »

Malheureusement, je n’ai plus aucun espoir de déverser cet amour ou que ce soit, car je suis très malade et qui plus est sans espoir de guérison. En Avril de cette année 2010, suite à une jaunisse, mon médecin me fit hospitaliser, les analyses effectuées s’étant révélées désastreuses. Là le médecin chef de service diagnostiqua un cancer au pancréas  et m’envoya à Marseille, à l’hôpital Nord pour y être opérée ; ce qui fut fait avec pour conséquence le fait que je ne fus pas opérée du pancréas mais d’une autre tumeur qui se développait sur le duodénum. Le traitement du pancréas doit se faire par chimiothérapie

Je ne vous importunerai pas avec les détails de cette horrible maladie qui évolue de façon telle qu’un  jour vous pensez pouvoir guérir, et le lendemain vous êtes certaine du contraire

Quoi que le destin me réserve je garderai toujours dans mon cœur l’amour que j’ai porté à mes enfants Malgaches handicapés, amour qu’ils m’ont rendu sans compter.

J’ai toujours fait mienne cette maxime qui nous vient je crois de l’apôtre Paul :

« Il y a trois valeurs fondamentales dans la vie : l’Espoir, la Foi et l’Amour ; mais la plus forte c’est l’AMOUR.

Mon plus grand regret, quand je quitterai cette Terre, et c’est pour bientôt, c’est de ne pas avoir revu mes chers enfants de l’Espérance. Ne soyez pas jaloux, toi mon Mari, vous mes Enfants, vous savez combien je vous aime, c’est un amour acquis depuis toujours que je vous porte, mes enfants malgaches c’’est autre chose ; ceux-là qui me sont si chers, je les ai aimés parce qu’ils avaient besoin de l’affection d’une seconde Maman.

 

 

 

 

LA  FIN  D’UNE  GRANDE  DAME

C’est moi, Roland le mari de Monique qui reprend sa plume pour terminer son ouvrage. En effet, elle n’est plus.. Elle s’est éteinte le Vendredi 24 Décembre ; j’aimerais dire paisiblement, mais ce ne fut pas le cas. Permettez que je ne développe pas ce que fut sa fin ; aujourd’hui encore, 5 mois après je la revois comme si c’était hier, et j’en souffre à en crever.

Son œuvre, elle l’a retracée tout au long des chapitres qui précèdent, avec l’humilité qui la caractérisait. Son entourage lui n’était pas dupe et savait ce qu’elle cachait derrière une façade faite de discrétion et d’humilité.

Les Pouvoirs Publics ont su eux aussi ce que Monique avait fait tout au long de ces 25 dernières années, et c’est à ce titre qu’ils lui ont décerné le 30 Sept..2006, le jour de son anniversaire, le titre de chevalier dans l’ordre National du Mérite

Il n’en reste pas moins que son décès n’est pas normal aux yeux de ses enfants et aux miens, bien sur. Nous savons tous qu’un cancer peut avoir pour origine un fort choc psychique. Or quel choc pouvait être plus fort, pour une femme comme elle, que celui qu’elle a subi lorsqu’elle fut expulsée et retournée à l’avion qui l’avait amenée, encadrée par deux policiers.

Cette honte, cette humiliation, elle les a portées tout au long des mois qui ont suivi son retour, et ce jusqu’à sa fin.

Mais ce n’est pas tout ; par deux fois Monique échappa à des atteintes corporelles envers elle. A un enlèvement en juillet 2009, puis à un empoisonnement en octobre de la même  année. Ce ne fut qu’ensuite qu’elle fut frappée d’interdiction d’entrée sur le sol malgache. Il faut être tordu comme moi pour faire le rapport entre tous ces faits. Mais est-ce vraiment si tordu ?

Bien avant son décès, Monique avait pardonné à Lala N. tout ce qu’elle lui avait fait subir. Ses enfants et moi n’avons pas la même magnanimité ; nous voyons en cette femme une créature diabolique qui ne recule devant aucune ignominie pour arriver  à ses fins.

L’ironie de la situation, c’est que la maison objet du litige n’a jamais été ré ouverte depuis le départ de Monique. Lala a donc fait toutes ses « saloperies » pour rien en retirer finalement.

Quel gâchis

 

 

 

EN  GUISE   DE  TESTAMENT

Ce qui suit est un extrait de la dernière lettre de Monique, écrite en 2009.

Pour ma petite famille, Mari, enfants, petits-enfants, beaux-enfants, arrières petits-enfants.

Si vous lisez cette lettre, cela voudra dire que je suis près de celui en qui je crois « de toutes mes forces »

C’est pourquoi en Sept.1996 j’ai tout quitté, car cette foi est en moi très vivante ainsi que toutes ces paroles : « AIMEZ VOUS LES UNS LES AUTRES »

           «  J’AVAIS FAIM ET VOUS M’AVEZ DONNE A MANGER, J’ETAIS NU ET VOUS M’AVEZ VETU, J’ETAIS MALADE ET VOUS M’AVEZ VISITE »

C’est  ce à quoi  j’ai essayé de m’appliquer, avec maladresse certaines fois, avec la grâce et la force de Dieu souvent.

J’ai ressenti des moments d’intense bonheur, que ni le matériel  ni l’argent ne peuvent égaler

Je vous remercie.toi chéri, vous  mes enfants et petits-enfants, de m’avoir beaucoup aimée ; cela m’a soutenu au cours de mes périples. Mais le fil ne sera pas coupé, je veillerai sur vous là ou je serai, avec autant d’amour « Croyez en cela »

                   Seulement au revoir

 

 

 

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